Notifications en continu. Agendas surchargés. Multiplication des plateformes de communication. Hyperconnectivité. Nous vivons comme si tout était urgent, tout le temps. Et l’impact sur la santé mentale est bien réel. D’ailleurs, selon L’Association pour la santé publique du Québec, 63% des Québécois en entreprise souhaiteraient ralentir leur rythme de vie. Ce chiffre grimpe à 76% chez les étudiants. Signe que le phénomène touche toutes les générations et est endémique. D’ailleurs, je le constate de plus en plus auprès des équipes que j’accompagne. Peu importe leur âge. Pourtant, c’est un phénomène dont on ne parle pas assez. Mais, son poids invisible est réel. Il gruge l’attention, raccourcit la patience, et finit par altérer la qualité de nos décisions. Souvent sans qu’on s’en rende compte.
Les causes de la surcharge mentale
Le monde du travail et les technologies évoluent à grande vitesse. Malheureusement, notre cerveau, lui, n’a pas changé au même rythme. Résultat : la complexité de notre quotidien dépasse de plus en plus notre capacité à faire du sens, à prioriser, à décider.
Depuis une vingtaine d’années, cet écart ne fait que s’accentuer. Et je crois que c’est aussi pour ça que l’intelligence artificielle séduit autant. Elle met à portée de main un outil capable de nous aider à trier, synthétiser et donner du sens à un flot continu de données et d’informations. Mais l’IA peut-elle vraiment s’avérer une solution miracle?
En tant que coach, je constate souvent une dissonance entre les attentes des organisations face aux outils numériques. Et l’impact réel de ces outils sur notre capacité cognitive à les utiliser. Quand on multiplie les plateformes, les canaux, les systèmes et les “bonnes pratiques”, la gymnastique mentale nécessaire pour naviguer entre eux est rarement comptabilisée. Pourtant, elle pèse lourd.
Je suis d’ailleurs tombée sur un article publié dans la revue Medium il y a quelques mois. L’auteur y identifie trois formes de surcharge cognitive qui touchent particulièrement les leaders et leurs équipes :
- Vitesse de traitement de l’information
La vitesse à laquelle les informations arrivent, sur une multitude de canaux, n’a jamais été aussi élevée. Cela entraîne une multiplication des micro-décisions à prendre. Répondre, trier, déléguer, prioriser, ignorer. Ce qui exige une présence cognitive constante. S’ajoute à cela une augmentation des “mini-crises” et irritants opérationnels qui demandent des réponses rapides et simultanées.
- Diversité des tâches et des contextes
La multiplication des tâches liées aux canaux de communication et aux outils oblige à jongler avec plusieurs dossiers en parallèle. Chacun ayant ses propres règles, logiques et niveaux de complexité. Or, notre cerveau n’est pas un ordinateur. Passer d’un contexte à l’autre a un coût. Et ce coût se traduit par de la fatigue mentale, une baisse de clarté et une impression de ne jamais “finir”.
- Amplification des conséquences
Nous sommes de plus en plus interconnectés. Et les avantages sont nombreux. Mais cette interconnexion amplifie aussi la portée de nos décisions, de nos messages et de leurs effets. Une phrase peut voyager vite, une décision peut impacter plusieurs équipes, et une erreur peut devenir visible instantanément. Cette pression implicite augmente la charge mentale. Et l’autosurveillance.
Surcharge mentale et causes neurologiques
À force de vouloir être constamment performant, disponible et “sur notre X”, on oublie une réalité simple : nous ne sommes pas physiologiquement faits pour évoluer dans un environnement de sollicitations permanentes. Comme l’explique Amy Brann, spécialiste en neurosciences : « Il ne s’agit pas d’un échec personnel, mais d’un problème systémique de conception. Nous avons structuré le travail de manière à exiger une performance ininterrompue d’une partie du cerveau qui n’a jamais été conçue pour fonctionner en continu. Le monde du travail nous pousse vers la distraction, la fragmentation et l’urgence, souvent de manière inconsciente. » (traduction libre, Harvard Business Review)
Car la partie du cerveau la plus sollicitée lorsque nous travaillons ou nous nous concentrons sur une tâche est le cortex préfrontal. C’est une région essentielle à la prise de décision, au raisonnement et à la planification. Mais pour fonctionner de manière optimale, elle a besoin de récupération. On comprend donc pourquoi la multiplication des interruptions, des urgences perçues et des canaux de communication crée une dissonance. L’environnement demande une attention continue. Alors que notre cerveau est conçu pour alterner entre focus et repos.
Et quand cette région s’épuise? On devient plus vulnérable au stress, on résiste moins aux distractions, on réagit plus qu’on ne réfléchit. Ce qui alimente un cercle vicieux : fatigue, stress, sursollicitation… puis encore plus de fatigue.
Quelques outils à mettre en place pour vous et votre équipe
Ce qui est important, c’est de garder en tête notre humanité dans ce monde de plus en plus technologique et rapide. Penser que nous pouvons concurrencer les machines est une chimère. Et ce n’est pas en gérant “mieux” notre temps, ou en surperformant, que nous allons y arriver. Au contraire : à force de pousser, on s’épuise. Le poids de la surcharge mentale finit par nous fragiliser encore davantage.
Je crois qu’il est plutôt essentiel de revenir à ce qui fait de nous des êtres humains : notre besoin de repos, de vide, de lenteur, de présence. Parce que ce sont justement ces moments-là qui nous permettent de mieux innover, de mieux créer, et de connecter avec les autres.
Alors, quels rituels pouvez-vous mettre en place dès maintenant, dans votre journée, votre semaine, ou avec votre équipe? En voici quelques-uns :
- S’accorder des moments dehors, seul ou en équipe
Prendre une marche dehors, s’oxygéner l’esprit, changer de décor. Ce sont des gestes simples, mais puissants. Ils nous aident à nous reconnecter à notre environnement. Et à nous-mêmes. Ils offrent également au cerveau une pause réelle, un espace pour “décompresser” et se protéger de la saturation cognitive. Encore mieux : quand ces moments sont partagés avec des collègues, ils deviennent aussi un temps de connexion humaine. Un moment pour se parler autrement. Prendre le pouls. Sentir comment ça va, au-delà des livrables.
- Instaurer de vraies pauses technologiques
S’offrir des moments sans écran, sans notifications, sans répondre… est, selon moi, une des meilleures manières de réduire la fatigue cognitive. Le problème, c’est que nos outils nous suivent partout. Dans les transports, dans la cuisine, et souvent jusque dans le lit. Il n’y a plus de frontière. Donc, plus aucun espace pour déconnecter. D’ailleurs, la nouvelle génération exprime un rejet croissant de la saturation numérique. Comme si, instinctivement, elle cherchait à récupérer ce que beaucoup d’entre nous ont perdu : le droit de ne pas être joignable en continu.
- S’octroyer des moments de réflexion dans l’agenda hebdomadaire
Avoir des moments seul (ou en équipe) pour réfléchir sans être interrompu est essentiel. Ce sont ces temps-là qui permettent de faire le ménage dans l’information accumulée pendant la semaine. De reprendre de la hauteur. De clarifier ce qui compte vraiment. Dans un paysage où tout bouge vite, où l’on gère plus de “chaos” que de linéarité, ces moments deviennent une forme d’ancrage. Et souvent, ce n’est pas un luxe : c’est ce qui rend possible de meilleures décisions.
Accroître l’engagement pour optimiser la santé globale de votre équipe
Quand la surcharge mentale s’installe, ce n’est pas seulement la concentration qui s’effrite. La collaboration aussi. Les irritants s’accumulent plus vite, les malentendus se multiplient, et la communication devient plus réactive que réfléchie. Et plus la charge mentale augmente, plus on risque de se perdre dans les interprétations, les non-dits, et les frictions du quotidien.
Si vous avez envie de (re)connecter avec votre équipe et de retrouver un cadre de travail plus clair et plus respirable, ma formation Travailler en équipe avec Insights peut vous aider. Elle permet de mieux se comprendre, mais aussi d’instaurer des règles de collaboration simples et explicites. Afin que chacun puisse être à son meilleur, sans s’épuiser à “deviner” l’autre. Vous y décoderez les styles de communication et les besoins individuels pour repartir avec des “modes d’emploi” personnalisés. Ainsi qu’un plan d’action réaliste pour ancrer de nouveaux réflexes. L’exercice rétablit la confiance, renforce le respect, fluidifie la collaboration et installe une écoute active au quotidien.