L’impact du stress chez les leaders

Stress
À l’heure actuelle, la course à la surproductivité pousse certains leaders à tirer l’élastique jusqu’à l’épuisement.

Plus nous montons dans les échelons, plus la charge mentale devient importante. Le poids de décider, de trancher, de porter l’incertitude, de rassurer. On pourrait imaginer qu’avec le temps, on s’habitue à ce poids. Mais voilà : notre corps et notre cerveau ne sont pas exactement faits pour endurer du stress sur la durée. Alors même que notre monde, lui, nous bombarde constamment de situations à haut stress. 

Et à l’ère de l’intelligence artificielle, la vitesse à laquelle les changements, et donc les sources de stress, surviennent n’a jamais été aussi grande. Présentée comme un outil pour accroître la productivité, l’IA demande aux leaders de prendre des décisions encore plus rapidement. De faire preuve d’encore plus de discernement. Et de mesurer l’impact actuel et futur sur le monde du travail tel que nous le connaissons. Il devient donc plus urgent que jamais de porter attention aux leaders et à l’épuisement décisionnel qui les guette. Car l’épuisement, lui, crie rarement : il est insidieux et s’installe petit à petit, jusqu’au jour où le corps, lui, crie gare.

La fatigue décisionnelle

Selon des chercheurs, un adulte moyen prend plus de 35 000 décisions par jour. Chacune de ces décisions exige de notre cerveau un certain niveau d’énergie. Mais lorsqu’on ajoute le fait que, pour un leader, plusieurs décisions ont un impact sur des équipes, des clients, parfois même des emplois, le poids de la responsabilité devient plus grand. Et l’énergie nécessaire pour prendre de “bonnes” décisions augmente. Résultat : on peut plus facilement se sentir vidé à la fin de la journée. Un peu comme après une séance sportive intense.

Or, avec la rapidité à laquelle les choses changent depuis quelques années — voire depuis quelques mois — la fatigue décisionnelle devient une réalité que je constate de plus en plus chez les leaders. Le problème, c’est que beaucoup interprètent ce sentiment comme quelque chose de normal, presque inévitable. Pourtant, si on ne trouve pas un moyen de recharger ses batteries, on commence la journée suivante avec un manque à gagner. Et c’est là que le risque augmente : on glisse progressivement vers des décisions prises en mode réactif, avec moins de patience, moins de recul, et une plus grande vulnérabilité au stress chronique.

C’est pourquoi il devient essentiel de reconnaître les signaux d’alarme tôt. Avant que la fatigue ne s’installe comme un état de base. Parmi ces signaux, on retrouve souvent la procrastination face à certaines décisions. Une impatience plus fréquente. Une irritabilité qui monte facilement. Ou encore cette impression d’être rapidement “drainé”, même après une nuit de sommeil. Et c’est justement ce terrain-là — une batterie déjà entamée — qui rend le stress chronique encore plus probable chez les leaders.

Le stress : savoir différencier le bon du mauvais

On dit souvent qu’il y a stress et stress. Et c’est vrai. Car, à la base, le stress est une réponse tout à fait normale du corps : face à un imprévu, une pression ou une menace, notre système libère des hormones qui nous aident à réagir, à nous mobiliser, à gérer. À petite dose, ce stress peut même être utile : il nous rend plus alertes, plus efficaces, plus rapides.

Le problème n’est donc pas tant le stress en soi, mais plutôt sa fréquence. Quand il s’installe dans le temps, on parle alors de stress chronique. Et ce type de stress empêche notre corps de réellement récupérer, en le forçant à rester en mode vigilance pendant des jours, des semaines. Voire des mois. Or, physiologiquement, nous ne sommes pas conçus pour fonctionner longtemps dans cet état.

Et c’est souvent là que beaucoup de leaders se trompent. Ils traitent la fatigue liée aux décisions ou au stress comme un problème de gestion des émotions qu’il vaudrait mieux contrôler. Ou comme un problème d’organisation qu’il suffirait d’optimiser. Ou encore comme un signe de manque de résilience. Alors que, dans les deux cas, c’est la constance qui fait toute la différence. Et l’épuisement physiologique qui en découle. Autrement dit, ce n’est pas le stress ponctuel qui use le plus, c’est l’absence de récupération entre deux vagues de stress.

 

Se bâtir un réseau de confiance pour échanger, prendre du recul et décanter est un atout majeur pour mieux gérer le stress.

Quelques pratiques à incorporer dans votre quotidien

S’il y a une bonne partie des sources de stress et de fatigue décisionnelle qui ne peuvent pas être contrôlées, il existe tout de même des leviers concrets pour redonner des pauses au corps. Car, encore une fois, ce qui épuise le plus n’est pas le stress en soi, mais sa répétition sans récupération. Et pour un gestionnaire de haut niveau, la clé n’est pas de “tenir” plus longtemps. C’est de gérer sa capacité de discernement comme un actif stratégique.

Mettre en place une hygiène décisionnelle: Plus on monte, plus le volume de décisions augmente. Mais surtout, plus leur portée s’élargit. Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de prendre toutes les décisions plus vite, mais de préserver la qualité de celles qui comptent réellement. Cela commence par une hygiène décisionnelle simple. Clarifier quelles décisions nécessitent votre présence. Lesquelles peuvent être préparées par l’équipe. Et lesquelles peuvent être déléguées complètement. Une pratique utile consiste à distinguer, dans votre semaine, les décisions “à fort impact” (qui méritent un temps de réflexion) des décisions “opérationnelles” (qui doivent être structurées, puis distribuées).

Développez votre conscience émotionnelle: Dans un monde saturé d’informations et d’interruptions, l’attention devient une ressource rare. Et pour un gestionnaire, cette ressource est directement liée à la qualité des décisions. À la présence relationnelle. Et à la capacité de garder une vision claire. Autrement dit : protéger votre attention, c’est protéger votre leadership. 

Concrètement, cela passe par des moments sans interruption dans l’agenda. Des blocs où l’objectif n’est pas de produire plus, mais de traiter moins, avec plus de profondeur. Réfléchir, clarifier, arbitrer, anticiper. De la même manière, instaurer de vraies pauses technologiques permet de réduire la stimulation continue qui maintient le système nerveux en alerte. Le cerveau n’est pas un ordinateur. C’est une matière vivante. Et il a besoin de silence pour faire du sens.

Planifiez la récupération comme on planifie une réunion: Beaucoup de leaders attendent les vacances pour récupérer. Or, lorsque le stress est constant, la récupération doit devenir un rituel, intégré à la semaine. Cela peut prendre la forme de micro-pauses (quelques minutes de respiration, de marche, de relâchement musculaire). Mais aussi de transitions intentionnelles entre les blocs de la journée. Parce qu’une journée sans transitions est une journée qui maintient le corps en vigilance continue. 

Renforcez votre réseau de soutien: Un réseau de soutien est essentiel pour gérer les aléas de la vie. Et c’est tout aussi vrai au travail. Pour un gestionnaire de haut niveau, le soutien ne se limite pas à “parler”. Il sert à déposer, à clarifier, à prendre du recul, et à sortir de l’isolement décisionnel. Avoir un mentor, un groupe de pairs, ou un coach avec qui vous pouvez décanter les enjeux réduit la rumination. Et augmente la qualité des arbitrages. Enfin, rappelez-vous que votre équipe fait aussi partie de votre réseau de soutien. Déléguer n’est pas seulement un outil d’efficacité. C’est un outil de santé et de durabilité.

Accroître votre discernement pour protéger votre énergie

Quand le stress et la fatigue décisionnelle s’installent, ce n’est pas seulement votre capacité de concentration qui s’effrite. C’est aussi votre capacité de prendre du recul, de garder une vision claire et de rester pleinement disponible pour votre équipe. Or, plus on monte, plus le leadership repose sur une ressource fragile : le discernement. Et ce discernement dépend directement de votre niveau d’énergie, de votre capacité à récupérer et de votre marge intérieure.

Si vous sentez que la pression s’accumule ou que la fatigue décisionnelle commence à s’installer, l’évaluation du leadership peut être une démarche particulièrement utile. Cette démarche ponctuelle vous permet de prendre du recul pour faire le bilan de vos forces, identifier vos points de vigilance et transformer vos défis en opportunités. Elle vous aide à mieux comprendre l’influence que vous exercez au quotidien. À clarifier ce qui vous manque pour atteindre vos objectifs. Et à repartir avec un plan d’action concret pour exercer un leadership plus durable et plus aligné.

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