Être proche aidant, c’est une toute une aventure. Au Canada, près d’une personne sur trois en emploi soutient un proche. Au Québec, cela représente près de 2,4 millions de travailleurs! Pourtant, l’aidance demeure souvent invisible. Plus encore, près de 38 % des proches aidants taisent leur réalité, peut-être craignent-ils d’être perçus comme moins performants ou encore, souhaitent-ils préserver ce seul lieu, le travail, où ils peuvent enlever leur chapeau de proche aidant.
Si c’est un angle mort pour bien des entreprises et gestionnaires en ressources humaines, il faut savoir que ça l’est aussi pour les aidants qui entrent dans cet univers inconnu. Bien sûr, le vieillissement de la population ne va qu’amplifier le phénomène. D’autant plus que les services débordent et sont souvent difficilement accessibles tant pour les aidés que pour les aidants. Ainsi, selon Amélie Gaumond, directrice de Cible-Emploi, les chiffres actuels ne sont que « la pointe de l’iceberg ». Il est donc important, en tant qu’employeurs et société, de s’en préoccuper, sous peine de voir de perdre des employés épuisés et talentueux. Alors, apportons un peu de Lumière à nos aidants pour mieux les accompagner et outiller nos leaders.
La proche aidance, j’en sais quelque chose, s’avère une expérience de Vie très riche. Toutefois, la personne aidante a besoin d’un groupe de soutien en or pour l’aider, l’appuyer et la soutenir. Et le travail peut définitivement contribuer à son épanouissement. D’où l’importance, pour nos leaders, d’être bien outillés. Aussi, dans cet article, je propose donc des gestes tout simples à appliquer qui peuvent faire toute la différence tant pour l’aidant que pour ceux et celles qui vont l’appuyer pour lui permettre de continuer de s’épanouir et contribuer au travail.
La proche aidance : de quoi parle-t-on?
Nous entendons de plus en plus parler des proches aidants, mais le sujet demeure méconnu pour de nombreuses personnes. D’ailleurs, saviez-vous qu’un peu plus du tiers des proches aidants ne se reconnaissent pas en tant que tels convaincus que leur situation ne rentre pas dans la définition même du proche aidant. L’Appui a fait appel à Marina Orsini pour présenter un excellent balado sur le sujet. En termes simples, la proche aidance se définit comme étant « toute personne qui, de manière continue ou ponctuelle, apporte un soutien significatif à un membre de son entourage en raison d’une incapacité temporaire ou permanente et avec qui elle entretient un lien affectif, qu’il soit familial ou non. » (Proche aidance Québec)
Ceci inclut bien sûr les personnes qui aident leurs parents vieillissants, mais également ceux qui aident un proche malade (adulte, aîné ou enfant), une personne en situation de handicap ou une personne vivant des troubles neurocognitifs, psychiques ou psychosociaux. Le portrait est donc vaste. Et l’ampleur de la tâche l’est tout autant.
Impacts et opportunités
Quand on regarde de près la proche aidance, on mesure vite ce que cela implique: coordonner des rendez-vous, prodiguer des soins, soutenir émotionnellement, gérer des intervenants, défendre les droits de son proche dans un système parfois opaque… en plus d’être là pour l’aider, comme vous le voyez… la liste est longue. Personnellement, j’ai vécu trois expériences marquantes comme proche aidante, et aucune d’entre elles ne pouvait me préparer à la suivante tant elles étaient différentes.
Avec le recul, le fil d’Arianne, le seul, qui relie toutes ces expériences personnelles et que j’ai perdu de vue à chaque fois, fut de prendre soin de moi et de rester en équilibre. Personne, surtout pas notre entourage, ne peut réellement saisir ce que ce rôle exige au quotidien. Résultat: les aidants s’isolent et en prennent plus que ce que leurs épaules peuvent réellement prendre en plus de se retrouver avec une charge mentale qui déborde. On leur reproche parfois, souvent, de ne plus être les mêmes, de ne pas être aussi performants, souriants, engageants… un chausson avec ça?
Mais cette réalité comporte aussi son lot de cadeaux et d’opportunités de développement, d’évolution et de croissance qui nourrissent tant la personne aidante que l’équipe avec laquelle elle collabore. Elle permet, entre autres, d’apprendre à:
- hiérarchiser vite et bien;
- gérer les crises sans perdre sa vue d’ensemble;
- développer son intelligence et agilité émotionnelle, dont son estime de soi, sa confiance en soi, sa capacité de s’affirmer, sa compassion, son leadership et son empathie;
- communiquer et coordonner entre acteurs aux logiques différentes;
- exprimer adéquatement ses attentes et ses besoins;
- renforcer la résilience et instaurer des limites protectrices pour préserver sa santé mentale.
Ainsi, oui, la proche aidance vient avec son lot de défis et d’obstacles. Et oui, elle peut prendre de cours tout au long du processus. Mais la bonne nouvelle pour le proche aidant comme son équipe c’est qu’elle vous outille de manière incroyable. Votre job? Vous mettre en priorité, toujours. Il est donc important que la personne en situation d’aidance et l’organisation créent des conditions propices afin que cette réalité croissante ne devienne pas un frein. Mais plutôt qu’elle devienne un levier d’épanouissement individuel et une opportunité de gain collectif.
Des pistes pour les proches aidants
Si vous êtes un proche aidant, sachez que vous n’êtes pas seul et que cette expérience ne vous arrive pas pour rien. Ce rôle fait partie de votre expérience de Vie. Il en revient à vous de saisir ses perles de sagesse. Voici trois gestes tout simples à poser :
Bien vous entourer. Regardez autour de vous. Qui sont les personnes en mesure de vous aider, de vous comprendre, de vous soutenir et de vous écouter sans jugement? De quoi avez-vous besoin maintenant Personnellement, j’ai fait appel à l’Appui, ils m’ont sauvé la vie. J’ai aussi fait appel à la Maison soutien aux aidants. J’ai été me chercher des alliées pour prendre soin de moi : massothérapeute en or, ostéopathe divine et une aide précieuse en soins énergétiques Reiki. Ma bonne amie Chantal pour ses soins et son écoute, et toutes mes bonnes et précieuses amies Micheline, Chantal, Émilie, Josée, Manon, et toutes les autres à qui je dois tellement. Ma belle Vanessa! Un immense merci d’être là!
J’ai aussi choisi de reconnaître les personnes toxiques qui gravitaient autour de moi et je les éloigne de moi. Ces personnes qui vous jugent, qui ne vous respectent pas, qui ne vous appuient pas, qui ne sont pas là pour vous… Vous voyez?
Choisir de grandir. J’ai lu cet excellent livre de Yves Bélanger intitulé Grandir ou souffrir à force d’aider, que je vous recommande. Il vous offre 7 stratégies pour demeurer longtemps un proche aidant efficace. J’aurais aimé lire son livre avant de me vivre un épuisement. Dans le fond, l’aidant doit trouver le moyen de ne pas s’oublier. Il doit prendre soin de soi. Personnellement, je savais comment prendre soin de moi. Je n’ai juste pas été suffisamment vigilante… Je sais maintenant qu’il est possible de grandir plutôt que de souffrir à force d’aider.
Se connaître. Ce nouveau rôle dans lequel vous êtes appelé à vous impliquer sans l’avoir choisi ni planifié vous transforme… plus que vous ne l’imaginez. Apprendre à se connaître est clé. Personnellement, j’ai tellement évolué et changé au cours de ces dernières années. Les personnes autour de moi me le confirment, mais si vous saviez à quel point je dois apprendre à me redécouvrir… tout cela pour le mieux, je vous le jure!
S’affirmer en douceur. Deux livres qui m’ont beaucoup aidé : Affirmez-vous en douceur de Sylvie Riondel et S’affirmer sans blesser de Yves Bélanger. Parce que s’affirmer, c’est une chose. Mais le faire lorsque vous êtes fatigué, voire épuisé, s’en est une autre. S’affirmer sans blesser l’autre alors que vous êtes blessé comme ce n’est pas permis dans votre cœur et que vous peinez à garder la tête hors de l’eau c’en est une autre. Mais ce que vous y apprendrez vous servira toute votre vie. Vous deviendrez, grâce à cette expérience, un As de l’affirmation de soi.
Cultiver le bonheur. Ce dernier geste à poser nécessite que vous soyez davantage à l’écoute de vous-même et de la Vie. Le bonheur est partout! À vous de le cultiver. Il ne se vit pas en quantité, mais à petites doses. Il ne coûte souvent rien du tout. Personnellement, je m’efforce et je m’engage tous les jours à trouver tout plein de petits moments de bonheur. Qu’il s’agisse d’apprécier les premiers flocons de neige. Ben oui! De m’offrir un bon espresso. D’aller au cinéma avec une amie. Tous ces moments chargent votre pile.
Des pistes pour aider les proches aidants
Comment créer un environnement où les proches aidants se sentent réellement soutenus et ont envie de contribuer pleinement dans leur rôle professionnel? Voici trois leviers concrets:
Transparence. Pendant longtemps, on a porté le masque au travail: cacher le fait d’être parent, taire ses erreurs, dissimuler la prise en charge d’un proche malade. Fort heureusement, la nouvelle génération a remis l’authenticité au cœur de l’entreprise. Donc, saisissons cette chance. Et c’est aux leaders de donner l’exemple: partagez votre réalité, normalisez ces conversations, invitez chacun·e à nommer ses contraintes et ses besoins. Nommer, c’est déjà allégé.
Passer des mots aux actes. Reconnaître la proche aidance ne suffit pas; il faut établir un cadre. Offrez de vraies marges de manœuvre pour réduire la pression et permettre de retrouver de l’élan. Par exemple, des plages horaires sans réunion ou même le droit à la déconnexion. Lorsque nous créons un cadre plus souple, nous permettons à chacun de mieux gérer les différentes sphères de sa vie. Et donc d’avoir l’espace mental pour être au top de sa performance.
À chacun sa solution. Il n’existe pas de pansement universel. Chaque situation a ses particularités, et chaque étape de vie ses contraintes. Cocréez avec la personne des aménagements simples et réévaluez régulièrement pour voir si cela permet de trouver un meilleur équilibre. Ce travail conjoint renforce la confiance et augmente les chances d’atterrir sur la meilleure solution.
Éloge de la flexibilité au travail
Le travail change; nos organisations doivent évoluer avec lui. Longtemps, le monde des affaires a privilégié la stabilité, parfois au risque de manquer des virages importants. Cette prudence a ses mérites, car elle évite les effets de mode. Mais, elle peut aussi freiner l’adaptation aux réalités des équipes. On l’a vu avec la pandémie et l’arrivée de la nouvelle génération : les équipes recherchent plus de flexibilité.
Offrir des marges de manœuvre (horaires souples, télétravail ciblé, primauté aux résultats plutôt qu’au présentéisme) permet de mieux répondre aux besoins de vos employés. Et non pas aux dictats d’un modèle d’entreprise fixe. Encore mieux, cela attire et fidélise les talents, réduit la charge mentale, notamment pour les proches aidants, et soutient une culture de confiance où chacun peut donner le meilleur. D’ailleurs cette envie de flexibilité est quasi générale. Ainsi, près de 82 % des travailleurs affirment que la conciliation a un impact important sur leur propension à rester, et 62 % seraient prêts à quitter un emploi pour un autre offrant de meilleures conditions. Revue Gestion)
Un angle mort de la proche aidance: le genre
Je tiens également à soulever un point important: la proche aidance touche disproportionnellement les femmes. Ainsi, plus de 60 % des proches aidants sont des femmes et, plus les heures de soins augmentent, plus elles en portent la charge. À cela s’ajoute déjà une part importante de la conciliation travail-famille. Dans ce contexte, la flexibilité, en particulier le télétravail et les horaires souples, devient un levier décisif pour maintenir cette part essentielle de la main-d’œuvre en emploi et engagée. Des travaux publiés en 2024 ont d’ailleurs mis en évidence le lien entre flexibilité et engagement des femmes. Adaptons donc des politiques internes qui partent des réalités vécues afin d’éviter des coûts collectifs élevés, tels que le désengagement, la baisse de productivité, les absences et les démissions.
Prendre le pouls de l’équipe pour mieux avancer
Car s’il y a une chose qui est vraie, c’est que la communication est notre meilleur outil pour surpasser tout obstacle et s’assurer que nous avancions dans la même direction. Donc, prenez un vrai moment pour connaître votre équipe, au-delà des rôles et des masques, vraiment comprendre la réalité de chacun afin d’ajuster les façons de collaborer et de créer un environnement réellement propice à la performance et à l’innovation. Et c’est exactement ce que permet ma formation Travailler en équipe avec Insights. Elle aide à clarifier les profils et repérer les déclencheurs afin de donner aux leaders un outil pratique pour adapter leurs pratiques aux besoins de chaque personne. Car, plus on met des mots sur nos différences, plus on transforme ces différences en force collective. Et c’est de cette manière que vous et votre équipe pourrez atteindre de nouveaux sommets.